INTERVIEW: FARI TAHARKA PARLE.

couv-products-114011Qui connaît Fari Taharka, l’un des leaders de la mouvance Kamite (noire) française, très proche de Kemi Seba et considéré comme l’un de ses lieutenants ?  Pour information, c’est son porte-parole. Je suppose que très peu de vous. Il publie un livre (1er volume), « le viatique de la sortie », véritable plaidoyer en faveur d’une renaissance kamite. Il veut réhabiliter les consciences avec son opuscule. Interview franche sans langue de bois, de cet africain qui revendique ses racines fièrement.

Parallax:  Bonjour Fari

Fari: Bonjour à vous.

Parallax: Vous vous lancez dans la littérature. Présentez nous votre opuscule, de quoi s’agit-il au juste ?

Fari: Tout d’abord permettez-moi de vous remerciez de me donner l’occasion de présenter ce premier volume de mon ouvrage (qui en compte 10). En tant que fils d’Afrique, donc du continent qui a vu naître l’écriture et qui compte le plus grand nombre d’écritures comme le médu neter, le shek shat, le nsibidi, le vaï, le guèze, le tifinar, le mendé; il était, on ne peut plus normal, que je me mette enfin à l’écriture, puisque les Africains sont beaucoup plus un peuple d’écriture qu’un peuple de l’oralité.

De dire cela peut choquer certains d’entre nous. Mais c’est bien la ligne directrice que suit mon travail, notamment celui réveiller [par des électrochocs historiques, et culturels] les afro-descendants qui ont partiellement perdu la mémoire. Nous avons perdu la mémoire, par conséquent il nous faut très rapidement la retrouver pour pleinement assumer notre héritage (aussi bien les côtés obscurs que les côtés plus glorieux) et surtout pour mieux nous affirmer sans complexe à la face du Monde.

Aussi les thématiques de ce premier volume touchent aussi bien la politique (critique de la démocratie pour nous autres Africains), l’économie (critique du capitalo-libéralisme), l’esthétique (critique de l’art africain actuel), l’éthique (leçons de chose sur différentes notions), l’idéologie (critique de l’afrocentricité), la théologie (fondements de la spiritualité ancestrale), ou encore la philosophie (critique de la science).

Donc comme vous le voyez, cet ouvrage se veut d’être un chemin, une voie pour une réflexion pour le monde noir. Par son biais je propose une perspective nouvelle s’appuyant réellement sur un socle qui nous est propre. Il ne s’agit pas d’onanisme intellectuel, mais bien évidemment d’une dynamique de transformation du monde noir pour qu’il puisse enfin s’assumer, s’aimer et se développer de façon endogène.

En fait, tout ce programme que je viens de décrire se retrouve inscrit dans le titre même du livre: le viatique de la sortie.

Parallax: Peut-on dire que vous luttez pour une cause juste ? Quelles sont vos armes ? N’êtez-vous pas dans un idéal béat ?

Fari: Comme je vous l’ai expliqué, le socle de ma pensée est une base ancestrale. Or l’existence de nos illustres ancêtres étaient rythmée par une seule dynamique, celle de la justice-vérité-droiture, qu’eux-mêmes appelaient « la Ma’ât ».

Donc, tout combat qui exclut la justice en tant que vertu cardinale ne m’intéresse pas. Le monde noir, aussi bien le Continent que la Diaspora, a un message à apporter au Monde. Or ce message est pour l’heure indicible, inaudible, inexprimable voire ineffable, pour la simple et bonne raison que les porteurs de ce message (nous autres Africains) vivont dans l’obscurité.

Nous avons en nous toutes les armes nécessaires pour nous libérer, et reprendre le chemin du développement. Quelles sont ces armes si ce ne sont l’intelligence, la foi, la détermination, l’unité, la discipline, l’effort, ou encore la solidarité?

Me demander si cela relève d’un idéal béat, c’est déclarer qu’intrinsèquement l’homme et la femme noirs manquent d’intelligence, de foi, de détermination, de discipline, etc. Or l’Histoire nous interdit de soutenir de tels propos. Doit-on rappeler les réalisations et inventions mémorables à mettre au crédit de nous autres Africains: découverte de l’agriculture, création de l’écriture, de la métallurgie, de la royauté, de l’armée, des pyramides, de la chirurgie, des mathématiques, etc. Tout cela, nous l’avons fait. Et encore aujourd’hui, nous continuons de créer, de découvrir, d’inventer mais davantage pour les intérêts des autres que pour les nôtres; et généralement ces autres sont ceux qui en profitent pour exploiter nos populations.

Simplement, je dis qu’il temps que nous nous recadrions et que nous cessions de travailler pour les autres. L’heure est arrivée de mettre tous nos savoirs et savoir-faire au service de notre peuple avant tout.

Parallax: Quelle cible voulez-vous atteindre ?

Fari: En premier lieu, je souhaite toucher les jeunes hommes et jeunes femmes noirs, car nous sommes l’avenir de ce peuple qui souffre tant.

A partir du moment où nous changerons notre comportement, les autres changeront le leur, vis-à-vis de nous. Je souhaite que cette série de livres nous aide à nous améliorer, à nous pousser vers l’excellence, qu’elle nous habitue à avoir en horreur la médiocrité et la mendicité, qu’elle nous dirige vers l’amour de nous même avant de penser à aimer autrui, qu’elle nous amène à davantage nous responsabiliser et éviter ainsi de lâchement chercher à indexer l’Autre alors qu’il y a tant à faire sur nous-mêmes.

C’est là une sorte thérapie de groupe qui peut servir indistinctement à tout groupe qui souffre des mêmes maux que nous. Aussi chacun pourra utiliser à profit mes ouvrages.

Parallax: Ne trouvez-vous pas réducteur cette lutte à la limite racialiste ?

Fari: Vous savez, j’appartiens à une génération qui n’a que faire des épithètes qu’on peut bien lui coller. Tout ce qui m’intéresse c’est l’élévation des miens, donc du Monde. Car étant les derniers, notre réveil ne pourra que bénéficier au reste de l’Humanité. Seuls les résultats probants comptent, à mes yeux.

Nous avons déjà essayer toutes les méthodes qui ne marchent pas, mais pas encore celles qui marchent. Et c’est bien là le problème. Comme j’ai souvent l’habitude de le dire à mes étudiants: « il y a plusieurs façons de perdre, mais qu’une façon de gagner ». Et je ne souhaite pas autre chose que nous voir gagner.

De fait, toutes les personnes qui veulent m’expliquer la meilleure façon de perdre ne m’intéressent pas. Je ne prête pas trop attention à elles. Ce sont les mêmes personnnes, qui, hier, taxaient les Garvey, Lumumba, et autres Sankara de tous les noms d’oiseaux: racistes, communistes, extrêmistes, terroristes, etc.

Nous nous rendrons un énorme service si nous laissions ces personnes palabrer dans le vide et même penser que nous

Fari Taharka

Fari Taharka

serions racialistes ou autres.

Préocuppons nous plutôt des problèmes cruciaux qui nous accablent tant au niveau de la santé, de l’éducation, du panafricanisme, du développement endogène, etc. C’est là un gros défi qui nous attend. Et c’est avec sérénité que je me lance dans l’arêne de l’Histoire, avec la publication de ce viatique de la sortie.

Parallax: Que pensez-vous de la France dite multiraciale ?

Fari: Ce n’est pas faire injure à la France que de dire que sont sort m’intéresse peu. C’est aux Français qu’il faudrait poser cette question. Je préfère réserver mes neurones pour réfléchir sur des thématiques qui me sont propres: comment faire pour que la diaspora africaine apporte sa pierre à l’édifice? Quel plan pour combattre la famine en Afrique et dans les territoires d’Asie, du Pacifique, des Amériques ou vivent les Noirs? Quid de la place de la femme dans nos sociétés? Quid de la corruption des moeurs dans le monde noir? Ce sont les questions qui m’intéressent qui occupent le clair de mes réflexions. On ne demandera jamais à un intellectuel français de réfléchir sur les thématiques africano-africaines, alors pourquoi perdrions notre temps, et nos forces à nous occuper de ce qui ne nous regarde pas, ou si peu?

Parallax: Bonne chance.

Fari: En tout les cas, je vous remercie pour m’avoir permis d’exprimer mes idées sur votre site. C’est là le début d’une dynamique, qui espérons-le, produira des fruits.

Le site de Fari Taharka MAAT WORLD

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16 Réponses

  1. bravo, monsieur taharka. et surtout bonne chance pour votre travail que nous servira à tous.

  2. HOTEP a toi Fari Taharka, ta demarche est noble. Je te souhaite la reussite dans ton projet immense tellement il est bénéfique. Moi aussi de mon coté, je ferais en sorte que tout les Kémites ou qu’ils soient, suivent ton paradigme, car pour les kémite, il n’ya que ça de mieux. Merci

  3. Que la grace vous accompagne,
    l’afrique et sa diaspora, pierre d’angle, doit être rétabli à l’édification de la dignité.

  4. franchement chère frere je t encourage cette interview me suffit amplement pour acheter votre livre.

  5. Cet homme vient d’ecrire une oeuvre majeur pour notre communauté en tous ca je serais de ceux qui diffuseront son message.

  6. Bravo Fari !

    Votre livre donne envie.

    http://allainjulesblog.blogspot.com/

  7. hotep frere tout d’abord félicitation pour cette oeuvre vitale surtout beaucoup de force pour la suite. toi même tu sais je serai toujours là a vos coté pour ce combat essentiel

    Atona te protege frere

  8. Bonjour,

    Il me semble que vous faites partie de ce groupe que l’on taxe de radical, raciste et autre? Eh bien après lecture de ce résumé, je ne vois rien qui puisse justifier de tels propos. A vrai dire, je ne trouve rien de plus légitime que de tenter d’éduquer les siens sur leur propre histoire. De plus, vous me semblez être une personne très cultivée et qui sait de quoi elle parle. Bien que ne faisant pas partie de votre communauté (ma femme si), je serai intéressé par en lire un bout.
    Bonne continuation.
    Jérôme.

  9. Impossible de trouver ce livre, pouvez-vous m’aider? Mderci
    M.

    • MadiN,

      Je me renseigne auprès de Fari et je vous envoie l’endroit où vous l’aurez.

  10. il y a un nouveau lien pour commander le livre: http://www.thebookedition.com/le-viatique-de-la-sortie-jules-ferry-jules-ferry-p-16988.html

  11. Monsieur F. T

    C’est avec une immense plaisir que j’ai bu vos paroles, tout simplement félicitation, bon courage et bonne continuation dans toutes vos entreprises à l’égard de notre peuple.

    J’ai hâte de dévorer votre livre.

    Avec tous mes respects Monsieur F. TAHARKA

  12. tout est plutot censé a part ceci qui est totalement faux. :

    « On ne demandera jamais à un intellectuel français de réfléchir sur les thématiques africano-africaines »

    il existe enormément d’intellectuels non-africains, dont des français dont le sujet de travail principal est l’afrique.

    le pragmatisme est l’arme la plus puissante au monde, dénué de toutes idéologie, ce n’est que le bon sens. constater ses faiblesse sans en avoir honte et en sachant ce qui reste à faire pour les faire disparaitre est la solution.

    pour etre honnete, sans idéologie, le discours de sarko disant que « lafricain n’etait pas assez entré dans l’histoire », n’est ce pas la même question que pose Fari Taharka ?

    n’est ce pas pire de prendre des gants avec la réalité?

  13. J’ai deja lu ce livre et je peut vous dire que l’on en ressort plus grand et plus confiant apres lecture.
    Par contre milch je suppose que tu viens de marseille parce que les intellectuels français qui travail sur l’Afrique et dans le sens des Africains je les compte sur une main.

  14. Jim,
    Les problèmes personnels ne se règlent sous le fil d’un article.

  15. j’ai apprécié cette pensée fraîche qui a bousculé bcp de mes idées. félicitations monsieur taharka

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